* Daniel Bélanger – Les deux printemps

Je ne savais pas trop quoi écrire en vous présentant ce nouvel ensemble. Et puis finalement,  je me suis dit que j’allais parler de vieillir. Je vais simplement vous parler de vieillir en couture, pas vieillir en général. Mon expérience de couturière a le même âge que ma fille ainée. 7 ans. 7 ans de courbe de progression dans les techniques. 7 ans de meilleurs choix de tissus, de matières plus adaptées, plus chères aussi parfois parce que je me sens plus confiante. 7 ans d’achats de patrons, plus ou moins modérés, avec un net ralentissement dans les deux dernières années.  7 ans et un regard critique plus aiguisé sur ma pratique de ce loisir. Petite rétrospective de ces 7 années.

De l’an 1 à l’an 3, je me suis mise à la couture par manque de sous. J’étais une maman étudiante. Le critère du cout de production était primordial. Je n’avais pas de blog à l’époque, mais je prenais en photo mes horreurs. Allez, je vous en montre une pour vous faire rire. Admirez l’air déconfit de ma fille il y a 7 ans, se demandant si elle est déguisée en jonquille ou en soleil…

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De l’an 3 à l’an 5, je suis devenue une maman diplômée (avec un boulot, de surcroit) et je voulais que les vêtements que je cousais se démarquent de ceux du commerce. Parfois aux dépens du confort . Souvent aux dépens du côté pratico-pratique (entretien, solidité, bien-aller, température du pays dans lequel je vis). Résultat, plusieurs morceaux que j’ai cousus n’ont pas été portés.

Exemple 1: cette Saint-Malo de C’est dimanche déséquilibrée parce que cousue dans un coton diaphane et alourdi à cause de boutons en métal mettait toujours le ventre de ma fille à l’air.

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Exemple 2: ce manteau aux détails soignés, tiré d’un livre japonais, qui a dû être porté 6 fois maximum par mes deux filles réunies (rapport à la météo spéciale du pays dans lequel je vis).

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De l’an 5 à l’an 7, je suis devenue une maman (très) trop occupée. Mon travail a pris de plus en plus de place, laissant des miettes à la couture. Et ces années m’ont permis de prendre le recul nécessaire (de la bloguo, des boutiques en lignes) pour me donner envie de continuer à coudre, sans répéter les excès du passé. Voici une petite liste de constats que je peux dresser aujourd’hui:

1) j’ai ressenti (peut-être à tort) une course à l’originalité sur la blogosphère (à qui découvre en premier tel patron, qui achète de telle éditrice de tissus, qui va penser à mettre un nœud à la place des boutons, qui va changer le col de cette robe, etc.). Je m’en suis rendu victime volontaire et j’envisageais mon ouvrage dans la perspective «épatage de galerie» plus que dans le plaisir simple de la couture. Cette compétition ne m’intéresse plus guère aujourd’hui, même si je prends plaisir à regarder  les trésors d’originalité des autres. Si je ne sors pas du lot, tant pis, ou tant mieux.

2) je ne couds désormais plus que des vêtements qui ont un haut potentiel de portabilité. Par exemple, je ne coudrai pas plus de 2 robes l’hiver par fille. Elles passent l’hiver en salopette de neige. Les robes ne sont pas pratiques, elles ne sont portées que lorsqu’on  prend la voiture, ce qui ne fait pas partie de notre mode de vie quotidien. Je ne coudrai plus de manteaux non plus. Je n’ai accès à aucun tissu technologique pour coudre des manteaux d’hiver, donc mes manteaux sont destinés aux entre-saisons. Au Québec, le printemps dure 2 semaines, l’automne dure 2 semaines –> c’est crève-cœur de voir un vêtement porté 4 semaines par année. Autre exemple, je ferai attention à coudre des vêtements qui seront compatibles avec le vélo et les galipettes dans les structures du parc. Je réfléchis ces temps-ci à une façon de modifier certains patrons de jupe pour les transformer en jupe-short.

3) mes filles grandissent, je veux continuer à coudre pour elles et que la demande vienne d’elles (plutôt que de moi, les implorant de porter ce que je leur ai cousu). Pour y arriver, je dois les écouter, regarder comment leurs amies sont habillées et m’assurer que je ne suis pas trop dans les patates.

4) en bonne écolo, je couds selon les besoins et plus selon les envies. Par exemple, je n’ai encore rien cousu pour mon petit dernier parce que je n’ai besoin de rien pour lui, entre ce que j’ai récupéré de ses sœurs et ce que mon entourage m’a donné. Quand il lui manquera quelque chose dans sa penderie, ça me fera plaisir de me mettre à la couture petit garçon. Pour le moment, ce n’est pas nécessaire.

5) quand je vais vouloir un patron très fort parce que j’ai vu des réalisations absolument fantastiques, je vais réfléchir à deux fois avant de le procurer en passant en revue des critères de sélection. Par exemple, devant une robe craquante, je vais d’abord faire le tour de  mes patrons de robes et m’assurer que i) j’ai déjà cousu au moins une fois tous les modèles en ma possession;  ii) aucun modèle ne ressemble trop à celui que je voudrais me procurer; iii) des techniques que je ne connais pas seraient contenues dans la pochette. (C’est possible que je revienne dans un prochain billet sur les autres critères rigoureux que j’applique depuis quelques mois à l’achat d’un patron, j’ai connu quelques déconvenues comme cliente qui m’ont poussée à être plus réfléchie et informée comme consommaCtrice).

Un mot pour résumer ma pratique couturesque à partir de l’an 7 : ÉQUILIBRE.

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Allez zou, premier ouvrage du printemps: ma porte d’extérieur couleur brique. Au début, je la voulais bleu Klein. J’ai envoyé mon chum à la quincaillerie me rapporter un pot de peinture et il a acheté celle en promo. C’est tout lui, les promos priment sur le look. J’ai râlé (un peu) et, finalement, j’ai repeint la porte de cette couleur qui fait, ma foi, un joli fond pour les photos.

Devant la porte, vous avez une demoiselle de 7 ans qui porte un t-shirt TROP-TOP d’Ivanne.S et un short Ella de p&m.

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Alors le TROP-TOP est la version «D» du patron (ne la cherchez pas sur votre planche!!) C’est une version du déjà célèbre t-shirt version A, mais à encolure bateau et épaules ouvertes.Ivanne est la première à nous encourager à jouer avec son patron: je l’ai prise au pied de la lettre.

À plat sur le carrelage de la cuisine fraichement serpillé, on voit mieux la coupe. Pour obtenir cette encolure, on trace simplement une ligne droite à partir du point le plus haut de la manche. Cette ligne doit arriver de façon parfaitement perpendiculaire à la ligne du milieu devant et du milieu dos. C’est donc un vrai T que l’on obtient – d’où le nom t-shirt. Un bord-côte bleu borde les hauts du devant et du dos. On ferme ensuite les côtés. Le passage le plus délicat est la pose du biais aux manches. Ici, j’ai choisi de faire un ourlet rapporté apparent (en liberty felicity bleu et vert). On referme finalement l’encolure avec des boutons après avoir fait un test sur l’enfant pour trouver l’endroit le plus propice où les poser.

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Quant au short Ella, je l’ai voulu en version brute, en jean, en respectant au mieux les codes du denim (surpiqûres visibles et à la piqûre triple, pas de passepoil, de vrais passants de ceinture et même un vrai bouton jean!)

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Ceinture doublée en capel bleu marine.

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Depuis la photo ci-dessous, j’ai ajouté un bouton pression sous la braguette non fermée qui bâillait trop.

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Cahier des charges rempli pour cette tenue ;-]