Je ne pensais pas montrer publiquement des photos de moi en maillot de bain, mais c’est bel et bien ce que vous allez voir ici… Pour moi qui suis assez pudique, la décision de publier ce billet a surtout tenu au fait que je voulais laisser une trace et mes commentaires sur la réalisation d’un maillot de bain en général et sur celui-ci en particulier. Une belle étape dans ma progression de couturière.

D'abord vous parler de mon rapport avec les sous-vêtements/maillots de bain. Je DÉTESTE acheter ce genre de vêtement. Mon côté pingre, premièrement, trouve que ces minuscules vêtements sont affreusement trop chers. L’ambiance de la cabine d’essayage [néons, musique trop forte, miroir qui montre trop de détails, chaussettes aux pieds, pas encore bronzée] deuxièmement, me décourage et j’ai toujours envie d’en finir au plus vite. Sans oublier, finalement, le fameux problème de l’acceptation de soi, qui nous est renvoyé direct, in your face. Ça fait quand même plusieurs années que je tourne autour de l’idée de la couture du maillot de bain pour moi, sans toutefois me lancer.

Il faut dire que l’acceptation de mon corps commence à entrer. J’ai connu des petits problèmes avec l’alimentation au début de ma vie d’adulte, mais on dirait que c’est une autre personne que celle que je suis aujourd’hui qui les a vécus. Je ne m’identifie plus à cette jeune femme et je pense que la route vers l’acceptation de mon corps (je n’en ai qu’un, c’est celui-là, je ne peux pas en changer) est déjà bien parcourue. Et j’en remercie la psychologue qui m’a mise sur cette route. Après 3 grossesses, la trentaine entamée, le fait que je me sois mise au sport de façon régulière (3 sorties de jogging par semaine, été comme hiver + marche à pied de 4 km/jour + grimpette de 7 volées de marches d’escaliers, 5 jours/semaine), une alimentation en fruits et légumes suivant plus que les recommandations : le corps que j’ai me convient. Je n’ai pas maigri d’un iota, je suis toujours un 40 du commerce, de temps en temps un 38 si la marque triche avec les tailles.

La couture d’un maillot de bain m’a ouvert les yeux grands, grands, grands. J’ai taillé une taille 12 chez Butterick (plus grande taille des «petites tailles») et j’ai réalisé que la différence entre la taille 10 et la taille 12 était si petite sur le patron que je me suis même demandé pourquoi je visais absolument le 38, alors que cela me demanderait d’être encore plus active, de ne plus boire de bières et de supprimer pain, charcuteries et fromages de mon alimentation. No way.

Après ce préambule sur la gestion de ma morphologie et libérée de ces préoccupations un peu terre à terre, je peux vous parler de ce fameux maillot de bain. Sa genèse a commencé il y a un an environ, quand, me promenant dans les allées de mon Fabricville, je suis tombée sur un tissu à maillots de bain rayé corail et blanc. Je l’ai acheté sans avoir toutefois de modèle en tête. À vrai dire, je pensais plutôt m’en servir pour mes filles. Le tissu a passé l’été dans un carton, alors que nous rénovions notre cave pour y faire une grande salle familiale et mon atelier de couture. Quand Liesl Gibson a sorti le patron Butterick B6358, ça a été le coup de foudre. J’aime le haut du bikini avec le nœud croisé sur le milieu devant et la culotte taille haut avec reprise du nœud à la chute des reins.

Butterick B6358

Il y a eu un sewalong organisé sur le forum deOliver + S et j’ai embarqué dans ce train, en me procurant les fournitures qui me manquaient. J’ai commencé par coudre le haut du bikini. Je pense que la coupe m’a occupée quasiment plus que l’assemblage, car il y avait une quinzaine de morceaux (le soutien-gorge est entièrement doublé et contient même une pochette dans laquelle glisser un petit coussinet de l’épaisseur de votre choix, pour tricher un peu avec la taille de notre poitrine). Sans compter le nombre de petits repères à reporter. Disons que je comprends maintenant pourquoi les maillots de bain coutent si cher: ce n’est pas tant la quantité de tissu que les heures de couture qui font grimper la facture.

Je n’ai rencontré aucune difficulté pour coudre le haut: les instructions sont claires, les tailles sont exactes. Ça a été l’occasion de travailler avec cette matière extensible – le lycra - un peu différente de celles que je connais. J’ai systématiquement utilisé le genre de point zigzag serré spécial tissus extensibles.

Point stretch

(Extrait du manuel de la Bernina B530, page 37)

Le point droit n’est absolument pas recommandé pour les surpiqures: j’ai donc choisi un point zigzag pointillé pour faire les surpiqures décoratives et c’est plutôt joli.

Point zigzag cousu

(Extrait du manuel de la Bernina B530, page 37)

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La culotte a été toute une autre histoire et elle a été une belle occasion d’apprentissage. Petite parenthèse à ce sujet. Je suis autodidacte, comme bien des couturières de notre génération 2.0. Souvent me fait-on le commentaire sur mon «talent».  Disons-le, le talent en couture n’arrive pas seul. Et l’argent que je n’ai pas dépensé en cours de couture, je l’ai perdu dans des créations importables, qui ont pris le chemin de la poubelle. C’est le cas de la culotte que je vous présente ci-dessous.

Comme telle, sur les photos, vous ne trouverez peut-être pas qu’elle méritait son sort, mais vous allez comprendre. D’abord, elle n’est pas du tout taille haute, comme sur le modèle. Ensuite, elle fait des plis. Le nœud au dos, dans la cambrure, est horrible. Et enfin, elle est inconfortable parce que trop serrée.

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J’ai cherché la réponse au problème, ne voulant pas me garder le popotin engoncé inconfortablement dans une culotte plissée et trop serrée. Ma première hypothèse était forcément que j’avais choisi la mauvaise taille. Mais j’ai vite rejeté cette hypothèse puisque j’avais essayé la culotte (avant de poser la doublure) et que tout allait bien. Ma deuxième hypothèse était que j’avais un problème d’élasticité avec mes tissus. C’est l’hypothèse qui a été retenue après le test que vous pouvez voir sur les photos ci-après.

Laissez-moi vous expliquer maintenant le problème. Quand on travaille sur un maillot de bain, on travaille (et c’est possible seulement avec les tissus stretchs) sur de l’aisance négative. Cela veut dire qu’on coupe un peu plus petit que nos mensurations réelles et qu’on compte sur l’élasticité du tissu pour coller au corps. C’est grâce à ça qu’on ne perd pas sa petite culotte dans la piscine... ouf. Pour ma version1, à gauche, j’ai utilisé de la doublure à maillot… de patinage artistique. La vendeuse m’avait dit que ça fonctionnerait. Ne connaissant rien à ces tissus, j’ai acheté ladite doublure sans trop me poser de question. Je vérifiai simplement qu’elle était extensible dans les deux sens, ce qui était le cas. Là où la doublure a montré ses limites, c’est qu’elle n’a pas le même degré d’extensibilité que le tissu de maillot de bain. Donc elle a empêché le tissu principal d’aller en extension complète, ce qui explique les plis et le fait que la culotte n’arrivait pas à la taille haute.

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Le contraste entre les deux photos ci-dessus indique clairement le rôle néfaste de la doublure (celle qui est couleur chair) dans la sensation de «trop petit» que je sentais. Et qui n’était pas juste le fruit de mon imagination puisqu’on voit bien que la première culotte a l’air plus petite que la seconde (pourtant coupées toutes les deux en taille 12). En bref, la doublure empêchait le tissu extérieur d’arriver à sa pleine extensibilité, et donc d’obtenir l’aisance nécessaire au confort de mon arrière-train.

De dos, c’était encore pire, un peu comme si j’avais une couche-culotte qui débordait – pardon pour l’image. Ça pochait dans l’entrejambe, c’était désagréable. Je ne vous montrerai même pas une photo portée tant c’était moche.

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J’ai donc repris bravement le chemin de mon magasin, sermonnant vertement la gérante pour l’erreur de son employée (naaan, je déconne, je n’ai sermonné personne, je voulais juste placer cette expression sur mon blogue, en espérant que Google la recensera). En l’absence d’autre choix de doublure (faut croire que peu de gens se cousent leur maillot de bain), j’ai prix une doublure à vêtements de sport, qui avait le même pourcentage d’élasticité que le tissu extérieur. J'aurais aussi pu prendre comme doublure le même tissu que le tissu principal: c'est ce qui est recommandé si on a de la difficulté à trouver de la doublure à maillot. La photo ci-dessus illustre la doublure en action: elle ne tire plus sur le tissu extérieur.

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Et constatez maintenant comment elle me colle bien au derrière, sans faire de plis :)

Très grandeDSC_6612

Voyez aussi comme elle est plus «taille haute» que la version 1. La version 2  remonte à 2-3 cm en dessous du nombril, alors que la version 1 était facilement 7-8 cm sous le nombril.

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Je ne vous en montrerai pas plus en photo, l’essentiel est dit.

Je vous laisse quand même sur cette note : je n’ai pas cousu énormément de morceaux cet été, mais il n’y a rien que j’ai cousu qui ait pu l’être en pilote automatique. J’ai relevé des défis que je n’avais jamais pensé relever. Je vous en parle dans un autre billet, probablement dans le courant de l’automne. Mais ça fait vraiment du bien de sortir de sa zone de confort!

À bientôt!

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